14 janvier 2009
Je profite que le thème de "l'autre" soit mis en avant dans l'actualité par l'exposition 6 milliards
d'autres de Yann Arthus Bertrand pour rendre compte d'une réflexion personnelle sur celui-ci.
Je crois que "l'autre" va devenir la question essentielle de la nouvelle ère dans laquelle la crise globale
nous projette malgré nous. Il ne reste plus que l'autre comme repère tangible pour nous situer dans un monde où toutes les structures mises en place échouent et se désintègrent. L'autre est devenu notre dernier repère qui nous permet autant de nous situer que de trouver refuge. La place que nous allons désormais donner à "l'autre" va conditionner d'une façon totalement déterminante notre prise sur le monde et les évènements.
Allons-nous continuer de voir dans l'autre un inconnu ou au contraire allons-nous le considérer comme un semblable ? Est-ce que je vois en l'autre mon égal ou mon rival ?
En période de crise où la circulation des richesses connaît un certain resserrement, le danger serait de stigmatiser l'autre comme un rival, un étranger suspect et même un ennemi qui en veut à notre bien.
Il est urgent, et une exposition comme 6 milliards d'autres y concourt à sa manière, d'établir une hygiène de l'autre pour éviter les radicalisations extrêmes. Il est urgent de rétablir la vérité sur l'autre. L'autre est par définition "différent" et cette différence n'est pas inquiétante mais enrichissante. En cultivant ma différence je m'assure de mettre le doigt sur mes talents et mes dons particuliers, ceux là même qui font de moi un être unique à aucun autre. Ces talents uniques mis bout à bout sont comme les pièces d'un seul et même puzzle à l'échelle du monde. Puisque chacun est potentiellement créateur d'un contenu qui lui est propre, chacun a une place à prendre qui sert la communauté toute entière et que nulle autre ne peut occuper avec la même prestance, le même talent.
Adopter une hygiène de l'autre c'est aussi percevoir l'autre comme l'égal de soi-même. L'autre est différent mais il est tout autant mon semblable. Car après tout l'autre foule du pied la même planète que moi et respire le même air. Il est fondamentalement mon égal. Nous servons tous "d'autre" à quelqu'un et continuellement.
L'autre est donc à la fois "différent" et "identique" à moi.
C'est cette double appartenance qui nous permettra d'ailleurs de nous constituer en une communauté d'être humains où aucun des membres n'est pas obligé de renier ses origines et ses talents uniques pour se lier aux autres membres. Et bien au contraire les communautés quelques soient leurs buts seront d'autant plus vivantes et efficaces qu'elles sauront respecter et favoriser notre unicité à chacun tout autant qu'elles nous permettront de nous traiter sur un même pied d'égalité sans distinction. La séparation et la distinction furent longtemps l'apanage de nombreux modèles en pyramide actuellement en pleine déconfiture. Désormais les modèles qui cherchent à instaurer une circulation horizontale tels que les réseaux sociaux en ligne connaissent une croissance et un engouement fulgurants. Les réseaux sociaux instaurent à leur façon une nouvelle hygiène de l'autre dont nous sommes tous quelque part en attente.
Dans ce contexte l'enrichissement n'est plus une question d'intérêts personnels s'affirmant au détriment des autres mais tient à un apprentissage de la meilleure manière de se lier les uns aux autres tout en se respectant dans ses particularismes. La possession qui est une affaire très personnelle perd de la vitesse. Ce qui compte maintenant c'est ce que nous partageons avec les autres. Nous sommes ce que nous partageons et non plus ce que nous possédons. Le besoin d'établir du lien devient plus fort que le besoin d'accumuler des biens.
Enfin, et pas des moindres, se pencher sur la thématique de l'autre c'est inévitablement réfléchir à soi-même car l'autre n'est autre que notre propre miroir. En fin de compte le thème central véritable du nouveau monde dans lequel nous entrons, c'est soi-même. Notre prochaine frontière sera sans doute de nous apercevoir que le concept de "l'autre" n'est pas en prise avec le réel. Sans doute l'avons-nous créé par commodité comme un rempart ultime nous maintenant à distance d'une rencontre définitive avec nous-mêmes.

Crédits
Photo 1 : 6milliardsdautres.org
Photo 2 : studali - Fotolia.com
Photo 3 : Heer
& Boyd, 2005
Photo 4 : Wojciech Gajda - Fotolia.com
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