24 juillet 2009
Ne nous demandons pas comment combattre la crise, demandons-nous ce que nous pouvons apprendre d'elle et dans quelle direction elle a le pouvoir de nous emmener. Choisissons délibérément de vivre la crise comme une opportunité plutôt qu'une menace si nous voulons renouer avec une ère économique authentiquement prospère. Nous avons devant nous tout un monde à reconstruire sur de nouvelles valeurs.
Comme il en est face à tout événement incertain nous, êtres humains, sommes partagés dans l'interprétation que nous devons donner à la crise. Parfois animés par la volonté de nous accrocher à un passé familier nous voyons dans celle-ci une menace à combattre, parfois animés par la volonté de nous ouvrir au futur nous la considérons comme une opportunité unique à saisir.
Ces 2 comportements pourtant antagoniques, l'un faisant de la crise une menace l'autre une opportunité, coexistent à des degrés divers en chacun de nous. Certains la considèrent exclusivement comme une menace en l'assimilant très faiblement à une opportunité, d'autres hésitent entre les 2 approches et vont et viennent de l'une à l'autre selon le contexte et peut être aussi selon leur humeur, d'autres encore la voient essentiellement comme un tremplin et essayent de se concentrer uniquement sur cette vision en chassant l'interprétation la moins optimiste de leur esprit.
Aujourd'hui la crise est principalement abordée sous l'angle de la menace. Il semblerait d’ailleurs qu'elle soit capable d'aucun bénéfice mais qu'elle engendre uniquement des événements douloureux tels que des fermetures d'usines, des destructions d'emplois et des hausses des prix.
Si ces événements sont bien réels ils n'en restent pas moins des faits isolés et mis en épingle qui ne peuvent pas à eux seuls résumer ce dont la crise est capable de nous apporter et qui du fait de sa double nature peut aussi pencher du côté des bénéfices.
Mais comment faire jouer spécialement le côté bénéfique de la crise et minimiser au maximum ses désagréments ?
Avant de proposer une réponse à cette question, prenons le temps d'explorer jusque dans leurs retranchements ce que les 2 interprétations antagoniques de la crise ont à nous offrir dès lors que nous décidons d'épouser leur schéma.
La crise comme menace
Selon cette interprétation la crise est un accident temporaire avant un retour à la normal.
Il faut le plus possible faire le dos rond en attendant soit son passage soit sa correction.
Ce qu'elle casse il est envisageable de le réparer à condition de trouver une solution pour "relancer la machine".
La crise est un événement négatif qu'il faut combattre.
Il faut être plus fort qu'elle et déployer pour cela des efforts et des moyens colossaux afin de la repousser.
La crise est une menace, une tragédie.
Sa seule vocation est de nous emmener vers le gouffre si nous ne la repoussons pas.
Il faut être plus malin qu'on l'a été jusqu'à ce jour car la crise survient d'une faiblesse de raisonnement.
Nous devons nous réunir et discuter de la manière la plus adéquate de la combattre.
Nous devons y associer les plus d'experts possibles parmi les plus brillants de notre monde pour avoir une chance de formuler sa solution.
Nous pourrons alors en profiter pour faire progresser le plus brillantes de nos théories et les mettre en application.
La crise est le signe que le modèle en place doit être défendu et renforcé dans ses mécanismes et cela afin d'éviter son enrayement qui conduirait à notre perte à tous.
Tout le monde doit redoubler d'efforts pour garantir la survie du modèle.
Les nouvelles idées de modèle sont à considérer avec des pincettes voire même comme des menaces pour notre équilibre.
Les idées en rupture particulièrement sont synonymes de chaos et il faut éviter au maximum leur diffusion.
Notre modèle est de toute façon suffisamment fort et se remettra d'une crise qui va nous servir à corriger ses défaillances.
La crise comme opportunité
Selon cette interprétation la crise est une période de transformation qui nous ouvre les portes vers un stabilité nouvelle et un mode d'organisation plus satisfaisant que celui jusqu'à lors en place.
La crise est déstabilisante car elle nous confronte directement aux limites de nos repères traditionnels.
Mais grâce à son action déstabilisante justement nous pouvons prendre une distance salutaire par rapport aux schémas de pensée dominant qui ont terminé de faire leurs preuves et qui nécessitent d'être remplacés par de nouveaux plus justes.
La crise est un événement qui survient à un moment critique et opportun du système en place qui parvenu à ses limites ouvre la voie vers un nouvel équilibre dont les caractéristiques sont encore à ce stade détectables sous forme de prémices et n'attendent que d'être relevés pour être mis en cohérence au sein d'une nouvelle vision, d'un nouveau modèle.
La crise est une opportunité, un tremplin.
Elle a une utilité réelle lorsque son message et compris et intégré.
Si une "sortie de crise" doit être envisagée elle ne doit pas être abordée sous l'angle du combat -ce qui aurait pour effet de la renforcer- mais sous l'angle de la guérison. On ne peut vaincre la crise, on peut juste en guérir.
Il est nécessaire de faire preuve de courage et d'audace pour rompre avec les pratiques établies par le modèle en crise et pour en imposer les nouvelles du modèle émergeant.
La crise est le signe qu'un schéma ancien doit être abandonné et remplacé par un nouveau.
La crise autorise l’instauration d’une rupture comparable à celle qui se produit lorsqu’une chenille devient papillon.
Le schéma ancien a eu son utilité mais aujourd'hui son application est contre productive.
L'application du schéma nouveau devient quant à lui possible du fait de la crise.
Le nouveau schéma est né de l'observation des aberrations et des contradictions de l'ancien schéma.
La crise signe la nécessité d'une mise en route concrète du nouveau schéma, schéma qui à son tour un jour deviendra obsolète et devra être remplacé par un autre plus juste, plus en accord avec son temps, et qu'il aura lui même enfanté.
On peut ajouter que la vision de la crise en tant que menace aurait tendance à chercher des solutions extérieures à nous-mêmes et notamment des solutions technologiques et financières. Voir à ce sujet le numéro de juillet 2009 du magazine Capital qui titre "les innovations qui vont nous sortir de la crise". La vision de la crise en tant qu'opportunité aurait tendance à chercher des solutions provenant davantage des individus eux-mêmes et notamment de leurs ressentis et de leurs usages lesquels nous renseignent fidèlement sur ce qui devient pour eux une source de motivation et de confiance.
A la base de tout développement il y a la confiance
Le socle de tout développement qu'il soit économique, social ou politique repose sur la confiance. C'est la confiance qui est le fondement primordiale de nos sociétés. Or la vision menaçante de la crise agite principalement les drapeaux de la méfiance et de la crainte. Parce qu’elle voit en la crise une menace elle nous suggère d’adopter une attitude défensive, de replie sur soi comme si notre survie en dépendait. Cette attitude est bien entendu contraire à la confiance. La méfiance et la crainte conduisent en effet à l'hésitation et au doute qui n'ont jamais constitué et ne constitueront jamais des moteurs viables du développement de notre économie et des autres sphères de notre existence. La 2eme interprétation de la crise quant à elle cherche à aborder la crise non pas comme un événement adverse mais comme un événement potentiellement constructeur et même nécessaire et salutaire. Et s’évertue à aller au delà des apparences adverses pour aller délibérément se concentrer sur le pouvoir positif et créateur de la crise. Parce qu’elle est une attitude confiante elle a davantage le potentiel de nous emmener sur des courants ascendants.
La menace la plus grande à laquelle nous faisons face n'est pas la crise elle-même mais la perception que nous en avons.
Pensons-nous que la crise nous enfonce dans un gouffre économique ou pensons-nous qu'elle nous ouvre une fenêtre vers une nouvelle ère de prospérité ? C’est la question que nous devrions individuellement et collectivement nous poser. Car la perception que nous avons de la crise modèle notre vision de l'avenir.
Or dès lors qu'une société ne dispose plus d'une vision positive de l'avenir elle commence à stagner et finit par s'effondrer sur elle-même. Une vision sombre de l'avenir conduit à l’adoption de comportements où les individus s'accaparent tout ce qu'ils peuvent pour eux-mêmes comme s'ils redoutaient un effondrement. Et leur attitude conduit justement à faire advenir ce qu'ils craignent.
La première vision de la crise est porteuse des germes de la division. Elle suggère que la crise survient du fait d'un accident de parcours et qu'ils existent donc des menaces à son avancée. Ces menaces ne sont pas à chercher selon elle dans les fondements même du système mais dans des causes accidentelles qu'il faut veiller à éradiquer et dont il faut réparer les effets le plus vite possible. Elle suggère que le système en place n'est pas la propre cause de sa perte. Elle entraîne inévitablement des comportements purement égocentriques où les individus vont penser se mettre à l'abri en accumulant au détriment des autres et en se coupant des autres alors que tous sont dans le même bateau. L'isolement de ces "autres" va inévitablement accélérer la chute du système.
Ainsi en portant spécialement notre attention sur l'une ou l'autre interprétation de la crise nous donnons à celle-ci le moyen de modeler l'image que nous nous faisons de l'avenir et nous conditionnons nos expériences et notre devenir. Pour vivre le côté bénéfique de la crise choisissons de la voir délibérément comme une opportunité.
Il est minuit moins une
Bien sûr il est tentant de chercher à résoudre les contradictions et les ratés de l'ancien modèle de développement. Il est tentant de voir la crise uniquement sous l’angle d’une défaillance à réparer. Car cela nous permet de faire l’économie d’une remise en question et d’une prise de risque. Seulement cette direction nous condamne à des travaux à perpétuité. Or sommes-nous sûrs de vouloir y investir toute notre énergie pour le restant de nos jours et engager par la même occasion celle des générations futures ?
Tout modèle porte en lui des défaillances et si nous pouvons tenter des les aplanir nous ne pouvons totalement les éradiquer. Ces imperfections aujourd'hui sont si flagrantes et si fortes qu'il devient une cause perdue de vouloir les gommer. Cette tentative conduit à les renforcer et rend la tâche interminable. Interminable ou même destructrice car à force de maintenir un modèle moribond il est à se demander si nous ne nous précipitons pas vers un gouffre, un effondrement.
Pour dépasser la crise substituons un nouveau modèle à l'ancien. Mettons en route un nouveau modèle et défaisons-nous le plus rapidement possible de l’ancien. Sans doute le meilleur moyen pour cela passe par l'adoption de nouvelles valeurs en rupture avec celles jusqu'à lors dominantes. Car les valeurs sont suffisamment fortes pour nous permettre de nous débarrasser de l'emprise d'un modèle et de nous transposer sur un nouveau.
En conclusion : nous avons tout un monde à reconstruire sur de nouvelles valeurs
La crise que nous traversons offre l'opportunité de mettre sur pied un nouveau modèle de développement radicalement différent que celui que nous avons épousé jusqu'à aujourd'hui et dont les tentatives de relance n'aboutiront à aucun résultats probants. La mise en avant de ce nouveau modèle offre lui seule la garantie de renouer avec une ère économique authentiquement prospère.
Ce nouveau modèle intervient à un moment de notre histoire où nous sont confrontés à la nécessité de faire des choix vitaux pour l'avenir de notre civilisation. Il tire son essor de sa capacité à susciter notre enthousiasme et à nous apporter en toute simplicité et avec une évidence naturelle une réponse aux nombreuses contradictions et aberrations de l'ancien modèle.
Il est une vision délibérément positive du présent et de l'avenir porteuses de nouvelles valeurs avec laquelle nous allons pouvoir nous façonner des expériences collectives et individuelles nouvellement radieuses.
Personnellement, je crois que le nouveau modèle global qui peut succéder à l'ancien en perte de vitesse suppose l'adoption d’une valeur majeure en rupture radicale avec celle qui a prédominée jusqu’à maintenant : la collaboration. Nous avons l’opportunité d’abandonner la concurrence au profit de la collaboration. La concurrence a été utile à notre avancement mais aujourd’hui elle freine radicalement notre développement au point de nous mettre en danger. De notre capacité à épouser la collaboration dépend notre survie et notre envolée vers de nouveaux horizons de prospérité.

Plus belle la crise by Boris Perchat est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas de Modification 2.0 France.
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Crise : 危机 wei-ji en chinois ce qui peut se traduire comme tout le monde se plaît à le répéter désormais par "danger et/ou opportunité" mais aussi par "paroxysme du danger"... Il y a donc bien ambivalence...
La crise fera des perdants. D'autres, purs opportunistes, en profiteront pour eux seuls. D'autres enfin, et tu indiques le chemin, vont essayer d'inventer un nouveau monde. Je travaille moi aussi pour la rentrée sur un numéro spécial de ma newsletter du storytelling sur les opportunités (au sens noble) offertes par la crise. Je me retrouve dans ce que tu dis.
Rédigé par : Sébastien Durand | 24 juillet 2009 à 12:03
Merci Sébastien. Effectivement je voulais évoquer l'idéogramme chinois dans mon article mais tu le fais très bien dans ton commentaire. Merci.
Je t'invite à nous faire part de ton numéro spécial dès qu'il sera accessible à la suite de ce commentaire par exemple. Merci.
Rédigé par : Boris | 29 juillet 2009 à 10:18
Je suis totalement d'accord avec toi Boris : la crise est une opportunité pour reconstruire en mieux.
je garde le moral quoi qu'il arrive car j'ai cette foi en moi, en ma capacité à regénérer ma créativité.
Cette capacité j'essaie de la metter au service de la société car nous somme responsable de cette société et des relations qui nous unit les uns aux autres.
Pour rejoindre ton idée sur la collaboration, oui je pense que c'est le moteur d'un monde meilleur, moteur auquel je rajoute la valeur respect.
car collaborer sous le contrainte reproduira le schéma que nous conaissons
il est 3h22, moi aussi il faut que je me couche
bises à la famille en or ! lol
Kamel
Rédigé par : STYLE AND THE CITY .COM - PARIS | 30 juillet 2009 à 03:23
Bonjour,
Comme vous l’avez dit, crise=opportunité car, tout est question de focus.
Notre capacité à focaliser notre attention sur un aspect ou sur un autre, détermine notre réalité.
Toujours dans ce contexte, je vous informe du lancement de mon site internet concernant le coaching dans lequel vous trouverez plusieurs éléments intéressants :
www.coach-de-vie.eu
Tous vos feed-backs seront les bienvenus.
Cordialement
Danilo GARGIULO
Rédigé par : Gargiulo Danilo | 14 septembre 2009 à 17:57