Investissons dans d'autres modèles de développement parallèlement aux tentatives de relance de la croissance car il est plus que probable que cette dernière ne revienne plus
J'observe que l'une de nos préoccupation majeure actuellement consiste toujours à savoir si nous allons renouer avec la croissance. Sans croissance il ne semble y avoir point de salue car elle seule avec ses effets bénéfiques sur l'emploi et le pouvoir d’achat semble en mesure de nous sortir de la crise.
Nous sommes omnibulés par le retour de la croissance et nous n'imaginons pas un instant que le scénario contraire, caractérisé par son absence, puisse s'imposer. Cette attitude est compréhensible seulement ne pas vouloir quelque chose ne signifie pas qu'elle n'arrivera pas. On peut investir beaucoup d'énergie à tenter de relancer la croissance mais le fait que nous nous focalisions exclusivement sur ce scénario pourrait coûter très cher dans le cas où nous ne parviendrions pas à le concrétiser réellement. Nous n'aurions pas alors de plan B et les vraies difficultés commenceraient.
Je pense qu'il est important que nous prenions conscience que notre avenir ne se résume pas à une quête envers et contre tout pour le retour de la croissance. Car en fait les possibilités sont multiples et j'en dénombre 4 principales :
- rester sur la ligne de progression linéaire que nous connaissons depuis toujours laquelle a cessé sa croissance et alors que celle-ci pourrait néanmoins repartir grâce à l'adoption de nouvelles mesures économiques = c'est le scénario qui est privilégié par nos décisionnaires ;
- rester sur cette même ligne alors que celle-ci va réellement cesser toute progression et s'étioler lentement, c'est la récession (voire la dépression qui est une forme accentuée de récession) = c'est le scénario que nous voulons éviter à tout prix et que nous n'osons pas envisager et regarder en face pour nous y préparer éventuellement ;
- rester sur cette ligne toujours alors que celle-ci va se rompre, c'est l'effondrement = c'est un scénario pour ainsi dire totalement absent de la place publique à ma connaissance ;
- tenter de faire un bond, un saut pour atteindre une autre ligne de croissance totalement nouvelle et porteuse = là aussi c'est un scénario totalement absent du débat publique.
Si vous lisez mon blog vous aurez compris que je défends la 4eme possibilité.
La crise en effet n'est pas un problème à résoudre. Nous ne sommes pas face à une machine cassée qu'il s'agirait de réparer. La crise est le signe qu'il est temps de transiter vers un nouveau modèle de création de richesses.
C'est l'écrivain italien Antonio Gramsci qui écrivait, la crise c'est quand « le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ».
Nous avons la capacité par un choix délibéré de créer un nouveau modèle de développement totalement inédit qui nous permettra de nous affranchir de celui que nous connaissons lequel ne devrait pas nous emmener plus loin, ou alors au prix de conditions de vie de plus en plus insoutenables.
Un autre modèle de développement en rupture avec l'actuel est possible. Il est tout à la fois un nouveau modèle économique, un nouveau modèle de gouvernance, un nouveau contrat social, un nouveau rapport aux autres, aux objets et au monde, ainsi qu'une nouvelle façon de percevoir la place de l'homme dans le tout. Oui rien de moins. Il est plus qu'un modèle de développement, il est un véritable modèle de création de richesses assimilable pour reprendre notre exemple ci-dessus à une nouvelle ligne de croissance totalement nouvelle.
Je n'affirme pas cela gratuitement. Je ne suis certes pas un économiste, mais mes observations et réflexions à titre personnel sur cette question depuis plusieurs années m'ont permis de comprendre que cela était de l'ordre du possible et avec des moyens de notre temps, tel que l'internet.
Nous sommes à une croisée des chemins inédite dans l'histoire de l'humanité et nous pouvons nous offrir un nouveau départ avec lequel nous allons nous propulser vers des horizons inédits de richesses. Une richesse globale nourrissant toutes les dimensions de notre existence. Nous sommes arrivés sans doute aux portes d'une civilisation de la connaissance. J'ai commencé à en parler dans ce précédent billet.
Je crois qu'il est vain de tenter de porter secours à la sphère économique séparément des autres et en pensant qu'elle va faire levier pour l'ensemble. Mais c'est vrai qu'en attendant cela nous évite sûrement un effondrement généralisé du système. Seulement pour combien de temps ?
Il est possible que nous parvenions encore à maintenir ainsi notre système, notre économie, à bout de bras, mais ne nous attendons pas à retrouver les chemins de la croissance selon un régime identique à celui que nous avons connu par le passé. Attendons nous plutôt à connaître des crises à répétition qui vont obliger les politiques à prendre des mesures qui vont déboucher sur des conditions de vie de plus en plus difficiles et qui s’apparenteront à une forme de récession lente et continue (le scénario 2 décrit plus haut, justement celui que l'on cherche à éviter). Il arrivera un moment où nous ne le supporterons plus, ce sera le signe que le remède sera devenu pire que le mal lui-même...
La voie de sortie consiste en la définition et la mise sur pied d'un nouveau mode de création de richesses en rupture avec celui que nous connaissons et qui nous fera quitter le paradigme de la compétition et de la concurrence pour entrer dans celui de la collaboration et de la connaissance.
En même temps que nous tentons malgré tout de relancer la croissance ce qui a pour effet de maintenir actif notre économie actuelle tout en lui évitant (ou repoussant) son effondrement, il serait sage, urgent, vital, prévenant d'investir dans un autre modèle, dans d'autres modèles, pour nous donner des chances de créer les conditions d'une authentique nouvelle ère de richesses. Nous pourrions alors nous donner les moyens de transiter en douceur du modèle ancien vers un nouveau plus porteur et pendant qu'il est encore temps.
Et la décroissance au fait ?
Je vois beaucoup d'individus porter leur espoir dans le mouvement dit de la "décroissance" qui consiste notamment en l'adoption au niveau individuel du principe de "simplicité volontaire" et au niveau collectif en une relocalisation des activités économiques et dont les AMAP sont une illustration. Bien que cette approche soit très intéressante j'ai des doutes sur sa capacité à devenir un modèle de création de richesse à part entière. Il me semble en effet que la décroissance s'inscrit davantage en réaction à notre actuel modèle et contre celui-ci. Il puise sa raison d'être dans les travers du modèle dominant et lui est assujéti en quelque sorte. Je crois qu'il est davantage un réaménagement du modèle dominant sans être un modèle suffisemment en rupture pour nous permettre de nous en affranchir concrètement. La remise en question auprès de l'opinion publique sur la toute puissance du modèle dominant et la possibilité d'une autre croissance qu'il permet d'envisager est néanmoins salutaire.
Si vous avez trouvé un intérêt à lire ce billet, vous en trouverez également en lisant les suivants :
Il y a aussi et pas des moindres, le débat "En quoi l'internet peut-il être une réponse à la crise" que j'ai initié sur la plateforme collaborative TechTocTV et qui constitue une tentative de définition collaborative d'un modèle de sortie de crise.
notre prochain modèle de développement sera tout à la fois un
nouveau modèle économique, un nouveau modèle de gouvernance, un nouveau contrat social, un nouveau
rapport aux autres, aux objets et au monde, une nouvelle façon de percevoir la place de l'homme dans
le tout
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